Quelques mots sur mon nouveau lieu de travail : le centre médico-psychologique pour enfants et adolescents de Mtsapéré.

Cela fait trois semaines maintenant que j’ai pris mon nouveau poste de psychologue clinicienne au sein du CMPEA de Mtsapéré.
Mtsapéré est un village qui jouxte Mamoudzou, la principale ville de Mayotte. Le choix de ce village a semble-t-il été un choix par défaut. Il y régnait au moment de l’ouverture de la structure en décembre 2023 de l’insécurité et des phénomènes de bandes. Il semble que ce ne soit plus le cas aujourd’hui. Comme j’ai pu effectivement le constater depuis mon arrivée. La tension reste néanmoins palpable par moment.
Dans le secteur de la pédopsychiatrie, tant reste à construire
Le CMPEA de Mtsapéré est le 1er du genre à Mayotte. Il est né sous l’impulsion de Virginie Briard, pédopsychiatre et cheffe de la pédopsychiatrie du CHM (Centre hospitalier de Mayotte). C’est d’ailleurs le dynamisme et l’espoir que portent cette femme qui m’ont convaincue de venir vivre cette expérience à Mayotte. Sans cela, je ne serais pas venue.
D’autres services identiques ont ouvert très récemment dans d’autres secteurs de l’île. Ils n’accueillent pas encore de jeunes patients dans leurs propres locaux, ils sont encore en travaux d’après ce que j’ai compris… ici tout prend du temps et la désorganisation qui a suivi le passage du cyclone Chido en décembre 2024 n’a pas arrangé les choses. Une unité d’hospitalisation pour les adolescents est aussi en gestation. Les plans viennent d’être livrés. Tout est à construire encore… patience !
Le CMPEA de Mtsapéré accueille les enfants de 0 à 18 ans, un service est dédié aux enfants et le second aux ados. J’ai été recrutée pour travailler sur chacun des deux services. Les enfants et jeunes accueillis rencontrent des difficultés psychiques, allant de difficultés contextuelles à de la “pathologie”, telle les troubles du spectre autistique.
Mon travail consiste ici, comme pour tout psychologue clinicien, à assurer des psychothérapies individuelles ou en groupe. Je vais mener certains de mes entretiens en binôme avec des médiatrices culturelles. Elles sont sont AMP (aides médico-psychologiques) et sont mahoraises : elles parlent donc shimaoré*, la langue de Mayotte et peuvent lors des entretiens, ou de réunion d’équipe, éclairer les mzungus** sur la culture de l’île, tant sur les us et coutumes du quotidien que religieux (la grande majorité des habitants de l’île est musulmane).
Mener des entretiens en binôme et avec un traducteur est pour moi une première. Cela va me demander de m’adapter car je n’ai pas du tout l’habitude de ce dispositif ! Pour être franche, ce n’est pas ma tasse de thé de mener des entretiens en binôme. Et puis je ne sais pas ce qui se perd ou se crée du fait de la traduction. Le traducteur n’est pas neutre donc je ne sais pas en quoi cela va modifier les effets des entretiens et sur le jeune patient et sur les parents. La plupart de ces collègues étant aussi formée aux soins, je reste curieuse des effets que cela peut apporter dans les suivis… et de toute façon, parfois je n’aurais pas le choix 🙂 D’ailleurs dès mon 1er entretien, j’y ai eu recours car le père de l’enfant accueilli ne parlait pas français.
Offrir un peu d’humanité
Les motifs de consultations sont variables. Elles peuvent être semblables à celles de métropole : troubles des apprentissages, du comportement, difficultés dans la vie quotidienne, etc.. Mais les motifs de consultations peuvent être plus complexes, et déroutants, car liés à des situations de vécus traumatiques en lien avec l’exil. Il y a sur l’île de Mayotte une forte population de personnes migrantes. Bien souvent, ne serait-ce que les conditions dans lesquelles s’est effectué leur voyage a pu générer des traumas, les enfants faisant parfois partie du voyage. Mais leurs conditions de vie est aussi source de problèmes psychiques (anxiété massive, retard mental, etc…).
Il ne s’agit pas non plus de faire du misérabilisme. Mais la misère est une réalité ici à Mayotte. Notamment depuis la départementalisation de Mayotte en 2011, qui en fait comme une porte d’entrée dans l’océan indien vers l’Europe. Cherchent ainsi à s’y engouffrer des populations qui souffrent de difficultés économiques, politiques ou des conséquences de la guerre qui sévit dans leur pays. Des personnes prennent ainsi le risque, au péril de leur vie, de faire la traversée pour venir tenter une vie meilleure ici.
Je résume en deux phrases une situation qui est très complexe concernant la question migratoire à Mayotte. Donc ma présentation du sujet est de fait trop succincte, mais je ne peux pas non plus passer sous silence cette question à laquelle je suis confrontée chaque jour et dans mon quotidien, et dans le cadre de mon travail.
Voilà dans les grandes lignes, un aperçu de mon nouveau poste à Mayotte. Une singulière expérience !!! Où il m’est proposé d’offrir certes mon professionnalisme, mais surtout un peu d’humanité dans la rencontre avec les jeunes patients et leurs parents. Quelle que soit leur histoire, c’est avant tout pour moi une rencontre d’humain à humain. Mayotte me le rappelle à chaque instant !
*je parlerai plus en détail de cette langue mahoraise dans un autre article.
** ce terme désigne à Mayotte, les métropolitains (surtout les blancs…) … et idem, j’en dirai plus sur ce sujet dans un autre article…

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