Voilà quelques temps que je n’ai pas écrit. La vie mahoraise m’a happée et mes pérégrinations intérieures ont fini de remplir mes journées ! Je n’hibernais donc pas même si, ici, c’est l’hiver !
Depuis quelques semaines, l’hémisphère Sud est effectivement entré dans l’hiver. Un hiver dit “austral”, appelé aussi “saison sèche”. Alors hiver, parce que même si les températures restent très clémentes (entre 28° la journée environ et 22° la nuit parfois), il y a beaucoup plus de vent(1) qu’à la saison des pluies ce qui rafraîchit l’atmosphère et l’assèche aussi.

Alors c’est franchement un soulagement pour moi le climat actuel. Je ne suis plus en sueur chaque fois que je bouge un orteil car il fait sec. Je peux dormir sans climatisation aussi. Il fait tout de même chaud la plupart du temps, mais je me suis vue enfiler une chemise certains matins ou à la tombée de la nuit ! . J’ai bien sûr une pensée pour vous tous qui avez subi les brutales hausses de températures en France métropolitaine.

HOME SWEET HOME
Depuis mon retour de métropole fin mai, la douceur actuelle du climat mahorais ne m’a pas empêchée de vivre des coups de chauffe. Pour preuve, mon emménagement dans une nouvelle colocation le jour de mon atterrissage.
Avec le propriétaire, la situation s’est envenimée dès les premiers jours. Ce dernier voulait faire les choses à sa façon et donc hors les clous ! Le rapport à la loi française est parfois très distendu ici… Avec mon colocataire, nous avons aussi été trop légers et n’avons pas recadré assez tôt le proprio. Et quand nous l’avons fait il n’a pas du tout apprécié, nous menaçant de nous faire par exemple payer des frais… illégaux. Il faut savoir que sur Mayotte certaines histoires entre propriétaires et locataires ont dégénéré. Récemment, par exemple, une locataire a vu la porte de son logement scellée parce qu’elle avait un différend avec le propriétaire. L’affaire est devant la justice.
Comme le ton montait au fil du temps, il a été acté que nous quitterions le logement fin juin, sous réserve de trouver un autre logement. En sachant que c’ est parfois une galère ici pour trouver un logement décent et à des prix corrects. Heureusement la chance a été de notre côté et j’ai pu trouver très rapidement une colocation avec une collègue et amie, dans un super appartement, sur Petite Terre. Il est propre, lumineux, sans barreaux aux fenêtres. Bref une bénédiction car il est bien mieux que l’appartement quitté prématurément. Et avec ma coloc, c’est top ! Cela me fait du bien d’avoir des relations amicales sur place. Cela me permet de mieux vivre la distance avec ma vie en métropole et puis c’est toujours enrichissant de faire connaissance avec d’autres personnes.
CÔTÉ PRO
Côté travail, après 7 mois au CMPEA, je constate que décidément la vie institutionnelle ne me convient pas du tout. Je m’y sens vite à l’étroit. Et comme il y a peu de temps pour prendre du recul, penser et redresser la barre, et bien il me faut garder mes distances pour éviter la maltraitance. Heureusement j’ai appris de mon passé à la Maif et me protège en restant concentrée sur le cœur de mon travail : les psychothérapies groupales ou individuelles des enfants et des ados. C’est suffisamment complexe et costaud pour ne pas en rajouter avec les problématiques institutionnelles. Ces dernières me servent uniquement de mirooir grossissant pour me donner des éléments de compréhension et des enfants accueillis et de Mayotte.
Une grande partie de la difficulté de mon travail actuellement vient du fait que beaucoup d’enfants arrivent ici avec des histoires de vie très chargées, souvent victimes de maltraitance en tous genres : besoins primaires non nourris, violences familiales, violences sexuelles, etc… Certains, parmi ceux réfugiés de guerre, racontent des faits de barbarie dont ils ont été victimes ou bien témoins. Il se trouve qu’au CMPEA, comme sur l’île il y a peu de tissus associatif notamment, nous absorbons toutes sortes de demandes qui souvent ne sont pas de notre ressort mais surtout aucun travail en amont n’a pas être réalisé. Par exemple, je pense aux violences sexuelles entraînant parfois des grossesses chez les jeunes filles mineures, parfois tout juste pubères… donc non seulement nous devons apporter une réponse aux souffrances psychologiques consécutives à ces violences mais aussi bien trop souvent prendre en charge les démarches médicales, juridiques etc…. tout du moins assurer leur coordination ! C’est pour moi en tout une source de stress supplémentaire. Certes j’apprends beaucoup mais dans des conditions très pesantes.
Je finis par penser, et j’en avais déjà l’intuition en postulant à Mayotte, qu’ici nous faisons de l’humanitaire dans un pays en guerre. Certes pas une guerre ouverte, mais un climat de guerre tout de même. En tout cas tel je l’imagine : insécurité permanente, peur de mourir, mode survie permanent, etc… Et encore je ne travaille pas dans un camp où sont accueillis certaines personnes venues d’Afrique entrées illégalement à Mayotte. Mais ici il y a des bidonvilles partout. Avec des personnes, dont beaucoup d’enfants, vivant dans la misère . Certains enfants ne mangent pas à leur faim. Ils n’ont pas accès à un logement décent, etc… Certains se retrouvent même seuls quand les parents sont “paffés”(2) et reconduits dans leur pays. Je ne vais pas entrer dans les détails de la question migratoire en général, ou bien celles concernant les colonies françaises en particulier dont Mayotte qui reste aujourd’hui un département à part. Ce sujet en lui-même mériterait à minima une thèse ! Force est de constaté que sur ce territoire, la violence est aussi politique, au sens de l’organisation de la vie de la cité, qu’économique, sociale, etc… Je m’interroge sur les intentions profondes de la France ici, à Mayotte. J’ai bien sûr une petite idée sur la question…
Je vois bien qu’au fil des jours, je me blinde un peu, sans perdre ma sensibilité, pour protéger ma santé mentale. Et ce d’autant la violence est présente aussi hors les murs du CMPEA. Je la subis aussi. Bien moins que beaucoup de personnes ici, j’en ai conscience mais beaucoup plus que chez moi, en France hexagonale.
Heureusement, la rencontre avec les enfants et les ados est très riche. J’essaye appréhender au mieux leur singularité. Je reste toujours aussi étonnée de voir combien pour la plupart ils sont preneurs du dispositif thérapeutique que je leur propose : pouvoir parler, s’exprimer en toute liberté ! Et puis être écouté pleinement. Ici, ce n’est absolument pas dans les moeurs.
À SUIVRE…
Je mesure encore plus aujourd’hui la chance que j’ai d’avoir une si belle vie. Certes ce n’est pas rose tous les jours mais je peux vivre la majeure partie de mon temps en sécurité, à tous les niveaux. Pour preuve de l’abondance dans laquelle je vis, je vais passer quelques jours à la Réunion. Je pars du 29 août au 8 septembre ! A u programme : randos, randos et randos… et aussi blabla et farniente avec les amies que je retrouve là-bas.

(1) Les deux principaux régimes de vents intéressant l’île de Mayotte sont le Kashkasi, vent de mousson chaud et humide, de nord à nord-ouest en été austral, et le Kusi, alizé engendré par l’anticyclone des Mascareignes, frais et sec, de sud-est en hiver austral. Source https://meteofrance.yt/fr/Bref,climat/le-climat-mahorais
(2) “être paffé” : à Mayotte, ce verbe est entré dans le vocabulaire français. Il signifie : se faire arrêter par la Police aux frontières, la PAF donc. Perso, je les appelle parfois “les frelons asiatiques” car tout comme eux ils attendent au bord des ruches, comme notre service ou près de l’hôpital, pour attrapé leurs proies… or je crois que c’est totalement illégal !!! Bref…nous sommes dans un État de droits, les forces de l’ordre se doivent d’être exemplaires. En théorie…

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